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CHAPITRE 6 : L'AFRIQUE, LES DEFIS DU DEVELOPPEMENT

16 Juin 2016 , Rédigé par Laurent Boscher Publié dans #CHAPITRES (G)

CHAPITRE 6 : L'AFRIQUE, LES DEFIS DU DEVELOPPEMENTCHAPITRE 6 : L'AFRIQUE, LES DEFIS DU DEVELOPPEMENT
Introduction : « Une Afrique, des Afrique(s) »

L’Afrique, 3e continent au monde par sa superficie, derrière l’Asie et l’Amérique, 2e par sa population, derrière l’Asie, n’est pas, du haut de son milliard d’habitants répartis entre 54 pays, un continent homogène. Certes, les points communs entre pays africains existent : au regard de la colonisation européenne par exemple, qui a marqué leur histoire, de l’instabilité politique, qui a suivi les indépendances, de la pauvreté, qui n’a épargné aucune région, ou encore de l’urbanisation accélérée, qui gagne actuellement tous les pays.

En réalité, pourtant, les différences sont peut-être plus nombreuses encore. En ce sens, l’Afrique est un continent hétérogène sur la terre duquel les contrastes sont légion : par exemple, sur le plan climatique, entre des régions arides (Niger) et des régions pluvieuses (Congo) ; également, sur le plan démographique, entre des régions vides (Sahara) et des régions pleines (golfe de Guinée) ; surtout, sur le plan culturel, entre, d’un côté, l’Afrique blanche, située au Nord du Sahara, principalement habitée par des Arabes et des Berbères musulmans, répartis entre le Maghreb et le Machrek, et, de l’autre côté, l’Afrique noire, dite aussi subsaharienne, située au sud du Sahara, composée de Noirs, de confession musulmane à proximité du Sahara et de confession chrétienne ou animiste à mesure que l’on s’en éloigne.

Cette Afrique, plus complexe qu’elle n’y paraît, est, au regard de la mondialisation, en pleine mutation. L’Afrique du XXIe siècle, engagée sur la voie de la croissance économique et des réformes politiques depuis la décennie 2000-2010, ressemble de moins en moins à celle du XXe siècle, empêtrée dans la crise et les conflits. Naturellement, cette évolution, favorable à certains pays, l’est moins pour d’autres. Il reste que, à l’échelle globale, la situation s’améliore, le cercle vertueux à l’intérieur duquel plusieurs Etats se sont placés pouvant permettre à leurs voisins de sortir le jour venu du cercle vicieux du déclin dans lequel ils se trouvent encore.

En clair, l’Afrique, parce qu’elle regorge de richesses en son sous-sol, et aussi parce qu’elle bénéficie d’un potentiel humain important du fait de la densité et de la jeunesse de ses populations, apparaît, pour un nombre croissant d’observateurs, comme un continent de moins en moins sous-développé et, à l’inverse, de plus en plus intégré dans la mondialisation des échanges.

I - UN CONTINENT DE MOINS EN MOINS SOUS-DEVELOPPE

L’Afrique, au regard de son développement, inspire un double sentiment contradictoire, mêlé d’inquiétude et d’espoir, selon l’échelle choisie : sentiment d’inquiétude, d’une part, à l’échelle continentale, dans la mesure où le continent passe, aujourd’hui encore, pour un océan de pauvreté ; sentiment d’espoir, à l’échelle nationale, d’autre part, dans la mesure où certains pays, échappant à la misère depuis peu, semblent constituer des îlots de prospérité.

A - Un océan de pauvreté à l’échelle continentale

Si, aujourd’hui encore, l’Afrique est souvent assimilée à un océan de pauvreté, c’est parce que de tous les continents il est celui qui abrite les pays les plus fragiles et les populations les plus vulnérables de la planète.

1 - Des pays fragiles

L’Afrique, qui concentre 34 des 48 pays les moins avancés (PMA) du monde, est le plus pauvre des continents : son secteur primaire est peu productif, son secteur secondaire sous-développé, son secteur tertiaire archaïque.

En fait, les économies de rente caractérisent les Etats africains. Cinquante ans après les indépendances, ces derniers, qui ne contrôlent ni les capitaux, ni la technologie, ni le marché, ni les prix, sont toujours soumis à leurs clients de l’UE, des Etats-Unis et, plus récemment, de Chine. En clair, ce sont les FTN occidentales et asiatiques qui contrôlent le commerce des produits agricoles ainsi que l’exploitation des gisements miniers ou énergétiques (pétrole, gaz, uranium).

C’est que l’Afrique, contrairement à l’Asie et à l’Amérique latine, demeure surtout un fournisseur de matières premières : 74 % de ses exportations sont des ressources naturelles, alors que 19 % seulement proviennent de produits manufacturés. Dans les deux tiers des pays africains, qui sont ce que l’on appelle des économies extraverties, un ou deux produits constituent les trois quarts de la valeur des exportations. La croissance économique africaine est donc d’autant plus vulnérable, qu’elle dépend fortement de l’évolution erratique du prix des matières premières.

L’Afrique, économie de rente, est aussi une économie informelle, caractéristique du sous-développement. Le secteur informel, très développé, assure la vie et la survie d’une grande partie des habitants. Les trafics illicites, en particulier, parfois aux mains de chefs de guerre locaux qui instrumentalisent la jeunesse pour contrôler richesses et territoires, sont nombreux et variés : drogues, armes, contrefaçons, pierres précieuses (diamants de sang), traite des êtres humains, vente d’organes ; la liste est longue.

Or l’opacité de telles économies de réseaux a pour conséquence de freiner les investissements productifs, qui se détournent systématiquement des zones grises mal contrôlées par les Etats, incapables d’enrayer la production de drogues, le développement des narcotrafics et la piraterie, en plein essor.

Au final, le poids de l’Afrique dans la mondialisation est très léger : il représente 1 % de la production planétaire, 2 % du stock mondial d’IDE et 3 % des échanges internationaux. A titre de comparaison, le PIB de l’Afrique tout entière correspond à celui de la seule ville de Tokyo.

2 - Des populations vulnérables

La pauvreté monétaire, plus encore que le continent, affecte aussi et surtout ses habitants. Sur 1 milliard d’Africains, 400 millions sont considérés comme pauvres. Pour ces 40 % d’Africains, la sécurité alimentaire n’est pas assurée, les soins ne sont pas prodigués, les règles d’hygiène ne sont pas respectées, la scolarisation n’est pas garantie, l’accès à l’eau potable est difficile, le taux de chômage est élevé.

Conséquences : la malnutrition concerne 230 millions de personnes ; les émeutes de la faim sont récurrentes ; la mortalité infantile est la plus élevée au monde ; les maladies parasitaires, dues à l’insalubrité, provoquent des ravages (paludisme) ; 23 millions des 34 millions de séropositifs dans le monde vivent en Afrique ; l’espérance de vie y est la plus faible au monde (55 ans en moyenne) ; alors que le nombre d’analphabètes est estimé à 160 millions.

La multiplication des conflits armés, qui concernent plus de 20 % de la population, n’arrange rien à la situation. Le continent détient le palmarès du nombre d’opérations de maintien de la paix diligentées par l’ONU. L’Afrique est ainsi le continent qui recueille le plus de populations déplacées et réfugiées : 11 millions de personnes sur 37 millions dans le monde, selon le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).

L’explosion démographique, enfin, rend la gestion de ces lacunes de développement plus délicate encore. Le continent, en effet, qui comptait 220 millions d’habitants en 1950, a dépassé le cap du milliard en 2009. L’Afrique pourrait même compter 1,5 milliard d’habitants en 2030 et 3,6 milliards en 2100 : 1 individu sur 3 serait alors Africain. Au cours de la même période, le nombre de citadins est passé de 32 millions en 1950 à 415 millions en 2010 : cette explosion urbaine, mal maîtrisée, prend la forme d’un transfert de la pauvreté des campagnes vers les villes, où les bidonvilles s’étendent et se densifient, comme à N’Djamena, au Tchad, où 90 % des citadins sont des « bindonvillois ».

Toutefois, sur le plan démographique également, la situation évolue. Le nombre d’enfants par femme, en effet, varie désormais beaucoup d’une région à l’autre : il est de 5 à 6 en Afrique subsaharienne, mais seulement de 2 à 3 dans les villes ainsi que dans les pays arabes. L’Afrique n’en reste pas moins le continent le plus jeune de la planète : l’âge médian de la population étant de 21 ans en Afrique du Nord et de 17 ans en Afrique centrale (contre 41 ans, en Europe).

B - Des îlots de prospérité à l’échelle nationale

Si, vue de haut, l’Afrique, océan de pauvreté, peut inspirer le pessimisme, à y regarder de près pourtant, des motifs d’espoir existent, dans la mesure où émergent timidement à l’échelle de certains pays des îlots de prospérité qui d’ici peu pourraient fort bien faire de l’Afrique un continent constitué de régions attractives.

1 - Des pays émergents

La pauvreté continentale de l’Afrique a beau être une réalité, la diversité de situation entre pays africains en est une autre. Il existe bel et bien une Afrique « riche » et une Afrique « pauvre ».

Les principales réussites se situent aux deux extrémités du continent : l’Afrique du Sud est la seule puissance émergente du continent, tandis que le Nord bénéficie d’une croissance soutenue, notamment grâce à la proximité du continent européen, favorable aux investissements et au tourisme.

Chacun de ces pays, selon ses atouts, a privilégié un secteur de développement plutôt qu’un autre : certains Etats ont développé une économie industrielle ; d’autres une économie de rente (hydrocarbures, mines) ; les derniers une économie touristique.

Au final, trois groupes de pays, qualifiés de Lions africains, contribuent aux trois quarts du PIB du continent : d’une part, l’Afrique du Sud (23 %) ; d’autre part, le Nigeria, l’Algérie et l’Egypte (10 % chacun) ; enfin, la Libye, le Maroc, l’Angola, l’Ethiopie et la Tunisie (5 %).

En Afrique noire, cependant, l’Afrique du Sud, 1re puissance du continent, n’est pas le seul pays à tirer profit de la mondialisation. Les Etats pétroliers, du fait de l’envolée du cours des hydrocarbures, sont en voie de développement également, notamment le Nigeria, le Gabon et l’Angola.

Le Botswana, lui, constitue une réussite localisée. Grâce à une exploitation maîtrisée de ses richesses minières (diamant), il a réussi, en 1994, à sortir de la liste des PMA, alors que, depuis son indépendance en 1966, il était l’un des 25 pays les plus pauvres du monde. Le Ghana, le Mozambique et l’Ethiopie, bénéficiant de forts taux de croissance, semblent suivre le même chemin.

A l’inverse, la République démocratique du Congo et le Zimbabwe, pour des raisons essentiellement politiques, mais aussi les Etats sahéliens, du fait de leur enclavement et de leur milieu naturel difficile, ne parviennent pas à instaurer la croissance.

A l’intérieur des pays, toutefois, qu’ils soient riches ou pauvres, existent aussi des inégalités de développement. Les régions enclavées, mal connectées au monde, notamment les espaces ruraux, faiblement peuplés, sont laissées pour compte. Au contraire, les grandes villes et les zones littorales, à fortes potentialités commerciales et touristiques, sont privilégiées, ne serait-ce qu’en raison de la présence d’une main-d’œuvre abondante et d’un marché de consommateurs pléthorique très appréciés par les investisseurs.

2 - Des régions attractives

L’Afrique, du moins ses régions attractives, longtemps délaissée par les FTN, est à nouveau de plus en plus convoitée : non seulement en raison de sa croissance démographique, qui augmente d’autant le nombre de consommateurs potentiels ; mais surtout en raison de l’abondance de ses ressources (énergétiques, minières, végétales), dans la mesure où elle détient environ 12 % des réserves mondiales de pétrole, 30 % des réserves minérales, 60 % des réserves de terres cultivables, sans oublier son potentiel immense en matière d’énergies renouvelables (soleil, eau, vent, biomasse).

Aux atouts structurels s’ajoute, de surcroît, une conjoncture économique très favorable : d’une part, en raison de l’épuisement des ressources d’hydrocarbures sur les autres continents ; d’autre part, en raison de la forte hausse de la demande pétrolière et gazière du fait de la croissance économique de pays émergents très fortement peuplés ; enfin, en raison de la présence, parmi les nations émergentes, de pays déficitaires en productions alimentaires, telles la Chine et l’Inde, qui d’ores et déjà louent ou achètent à certains pays africains (Madagascar) une grande partie de leurs terres agricoles (Iand grabbing).

Résultats ? En Afrique, où les économies reposent encore largement sur l’exportation de produits bruts, dont le cours a fortement augmenté depuis le début des années 2000, les vingt ans de crise (1980-2000) ont laissé la place à dix ans de croissance du niveau de vie et des exportations (2000-2010), avec, qui plus est, un retour des investissements publics comme privés (IDE). Même la crise financière mondiale de 2008 n’a pas entamé la croissance africaine, aujourd’hui estimée à une moyenne de 6 % par an.

Voilà pourquoi l’Afrique, longtemps délaissée, apparaît si attractive aujourd’hui : non plus d’ailleurs auprès des anciennes puissances coloniales seulement ; mais aussi et surtout auprès de l’Inde et de la Chine qui ont donné naissance à deux nouveaux pôles : l’Indafrique et la Chinafrique, précurseurs des deux suivants en cours de constitution, le Brésilafrique et la Turquafrique.

II - UN CONTINENT DE PLUS EN PLUS INTEGRE A LA MONDIALISATION

L’Afrique, si elle semble pour beaucoup d’observateurs de moins en moins sous-développée, le doit essentiellement à une meilleure insertion dans les échanges internationaux : la mondialisation de l’Afrique, pourtant, n’est encore que partielle et les défis auxquels l’avenir va la confronter sont, pour l’heure, plus nombreux que ses réussites.

A - La mondialisation de l’Afrique

En Afrique, comme ailleurs, la mondialisation n’est pas une réalité récente, mais ancienne, remontant en ce qui concerne ce continent au temps de l’esclavage et de la traite négrière. Aujourd’hui, cependant, la mondialisation de l’Afrique a changé de visage : elle est à la fois économique et politique.

1 - Une mondialisation ancienne

L’Afrique, en crise des années 1970 aux années 2000, au cours de ce que l’on appelle la période post-coloniale, n’a pas découvert la mondialisation à la faveur du retour de la croissance, au début du XXIe siècle, même si elle participe encore très peu aux échanges internationaux (3 %).

Depuis la traite négrière jusqu’à la colonisation du continent par les Européens, l’Afrique a toujours été intégrée au commerce mondial, qu’il s’agisse d’échanger des êtres humains (esclavage) ou des produits (colonisation).

Même pendant les « années de crise », les échanges existaient, notamment entre les pays pétroliers du Sud (Algérie, Libye, Gabon, par exemple) ou agricoles (Maroc, Côte d’Ivoire) et les pays importateurs du Nord (France, notamment).

La mondialisation de l’Afrique, toutefois, si elle ressemble par certains côtés à la mondialisation que connaissent tous les autres continents, cultive sa singularité à d’autres égards, notamment sur le plan économique.

2 - Une mondialisation économique

La métropolisation, que connaît actuellement l’Afrique, ressemble très sensiblement à l’urbanisation croissante que connaissent tous les autres continents : les campagnes se vident, les villes se remplissent, tandis que les activités économiques privilégient les centres urbains, les couronnes périurbaines et les zones littorales.

Les intégrations régionales, qui consistent à associer dans un même espace économique des pays voisins trop faibles pour résister seuls à la concurrence mondiale, se multiplient également, à l’image de l’UEMOA, association de 8 pays francophones utilisant le franc CFA comme monnaie commune, ou encore du NEPAD, qui réunit les pays désireux de nouer un Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique.

L’intensification des échanges internationaux, enfin, est un autre trait caractéristique de la mondialisation que l’Afrique partage avec le reste du monde : non seulement en ce qui concerne les personnes et les marchandises, mais plus encore en ce qui concerne les capitaux et les informations, du fait du boom sans précédent des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

De quelques dizaines de millions d’abonnés au téléphone mobile au début des années 2000, l’Afrique est ainsi passée à plus de un milliard en 2012. Dans un contexte où le téléphone fixe faisait défaut, le mobile est devenu un outil essentiel du développement africain, devenu tributaire comme tous les autres continents d’une bonne connexion au reste du monde pour soutenir la croissance.

Sur le continent africain, cependant, la mondialisation prend parfois des formes originales. Le land grabbing en fait partie : nulle part ailleurs qu’en Afrique un pays vend ou loue à un autre pays ses terres agricoles pour nourrir les habitants de celui-ci (Corée du Sud, Arabie saoudite).

Le secteur informel, hypertrophié en Afrique, est un autre exemple : nulle part plus qu’en Afrique les gros trafics et les petites combines pèsent d’un poids si lourd dans les économies nationales. Précisément, les trafics illégaux, très nombreux sur le continent, échappent aux statistiques économiques mondiales et, de fait, minimisent la participation de l’Afrique aux échanges mondiaux.

Ne sont effectivement jamais pris en considération, dans les chiffres officiels de la mondialisation, les flux illicites d’or, de diamants, de contrefaçons, de drogues, d’armes, de cigarettes de contrebande voire d’immigration clandestine. Or, dans ce que l’on appelle la « mondialisation par le bas », l’Afrique occupe un rang autrement plus élevé que celui qui est le sien dans la « mondialisation par le haut ».

3 - Une mondialisation politique

En Afrique, comme partout, la mondialisation n’est pas seulement économique : elle ne fait pas qu’encourager l’ouverture des frontières et la baisse des droits de douane. Elle est aussi politique : en même temps qu’un modèle économique, le libéralisme, elle diffuse un modèle politique, la démocratie, que tous les pays du monde sont incités à prendre en modèle.

Or, en Afrique, où depuis les indépendances les régimes autoritaires étaient la règle, la démocratie, comme le capitalisme, se répand progressivement sur le continent : depuis la fin de l’apartheid en Afrique du Sud en 1991 jusqu’aux printemps arabes en 2011, la démocratisation de l’Afrique, quoique très partielle encore, du fait des autocrates (Zimbabwe, Cameroun) et des guerres (Somalie, Congo), semble cependant en marche. C’est un autre effet de la mondialisation, qui n’épargne pas l’Afrique.

B - Les défis de l’Afrique

L’Afrique, partiellement engagée sur la voie de la croissance depuis le début des années 2000, doit relever quatre types de défi si elle veut que le développement bénéficie à tous les pays du continent : un défi économique ; un défi démographique ; un défi écologique ; et un défi politique.

1 - Le défi démographique

Le défi démographique consiste à diminuer le nombre de naissances par femme. La population africaine, multipliée par 4,5 de 1950 à 2010, atteindra 2 milliards en 2050, dont 1,8 milliard en Afrique subsaharienne. L’Afrique comptera alors trois pays parmi les dix poids lourds démographiques mondiaux. Dans le même temps, entre 1950 et 2010, la population urbaine a été multipliée par 13. Or la plus grande croissance de la courbe démographique sur la courbe économique a été l’une des causes majeures dans le retard de développement de l’Afrique.

De nos jours, la transition démographique du continent est certes engagée, mais la baisse de la fécondité n’a pas encore fait sentir ses effets (aucune stabilisation attendue avant 2100), sauf en Afrique du Nord. La jeunesse de la population africaine, pourtant, pourrait être un atout. Mais, pour l’heure, faute de croissance suffisante et de démocratisation aboutie, les Etats ne sont toujours pas en mesure de la valoriser.

2 - Le défi économique

Le défi économique consiste à améliorer les conditions de vie des Africains. Il s’agit notamment pour les Etats d’assurer aux citoyens l’accès à un certain nombre de droits fondamentaux, comme la sûreté physique, la sécurité alimentaire, l’accès aux soins, à l’éducation ou encore au logement.

Cette amélioration générale du niveau de vie suppose le respect de trois conditions :

- primo, sortir de l’économie de rente par la mise en place de politiques publiques capables de diversifier les sources de revenus, trop liées aujourd’hui encore à l’extraction de produits bruts, commodes, mais dangereuses, dès lors que les ressources se tarissent et que les prix des cours des matières premières s’effondrent ;

- secundo, remplacer les Etats corrompus, adeptes du clientélisme, par des Etats développementistes soucieux de permettre une plus juste redistribution des richesses ;

- tertio, encourager les intégrations régionales de pays voisins, seul moyen pour les continents ou sous-continents de résister à la concurrence planétaire mise en place par la mondialisation.

Ce n’est pas à dire que les organisations régionales africaines n’existent pas : il n’est qu’à citer la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’Union africaine (UA) ou encore le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) ; mais leur efficacité, faute d’intégration suffisante, n’est pas démontrée.

3 - Le défi écologique

Le défi écologique consiste à prendre davantage soin de l’environnement africain. Dans ce domaine, également, l’Afrique accuse un sérieux retard : la déforestation progresse plus vite qu’en Amazonie (chaque année l’Afrique perd 4 millions d’hectares de forêt), l’aridité progresse au Sahel (Grande Muraille Verte), la gestion des déchets est généralement très déficiente en milieu urbain, la pollution pétrolière dans le delta du Niger a atteint des cotes d’alerte depuis longtemps. De plus, la croissance de la population nécessite, pour accéder à la sécurité alimentaire, de procéder à une révolution doublement verte.

Pour l’instant, néanmoins, même si quelques efforts sont parfois consentis, la priorité porte davantage sur le développement économique, pollueur par nature, plutôt que sur le respect de l’environnement, jugé coûteux et difficilement conciliable avec l’accentuation de la production.

4 - Le défi politique

Le défi politique consiste à remplacer les dictatures par des démocraties. Au vu de l’importance du politique dans le développement, les incertitudes pèsent lourdement sur l’avenir de nombreux pays du continent.

Ainsi, en Afrique du Nord, le printemps arabe ne produit pas tous les effets escomptés, d’une part, en raison de la baisse de la fréquentation touristique, d’autre part, en raison du climat insurrectionnel qui peine à se dissiper.

Plus au Sud, ce sont les affrontements entre groupes sociaux qui nourrissent l’inquiétude : entre factions en République démocratique du Congo, entre chrétiens et musulmans au Nigeria, entre partis adverses au Zimbabwe et au Kenya. Or la croissance économique ne se porte jamais mieux qu’en période de stabilité politique.

VOCABULAIRE

Introduction

Animisme : forme de religion qui attribue une âme aux animaux, aux objets ou aux phénomènes naturels.

Sahara : « désert », en français ; désigne un espace chaud et aride, tandis que le Sahel (« rivage », en français) est l’espace semi-aride de transition entre le Sahara et la région des savanes.

I/ Un continent de moins en moins sous-développé

Développement : processus de changements (économiques, sanitaires, techniques, etc.), dans lequel la création de richesses (développement économique) aboutit à une progression du niveau de vie des habitants (bien-être social).

Diamants de sang : trafic de diamants alimentant guerres et rébellions (Angola, Liberia, République démocratique du Congo, etc.).

Economie de réseaux : système fondé sur les liens de connaissance et les réseaux privés pour accéder aux soins, documents administratifs, diplômes, logements, emplois, etc.

Economie extravertie : économie dont une grande part des activités est destinée à l’exportation.

Etat sahélien : Etat dont le territoire s’étend sur la zone sahélienne (par exemple, le Niger et le Mali).

Insalubrité : état (dangereux pour la santé) résultant de conditions notamment climatiques, mais également d’entretien, d’hygiène, etc.

Land grabbing : « accaparement de terres », politique d’achat (ou de location sur de très longues durées) de terres agricoles par d’autres Etats ou des multinationales, afin de disposer de ressources alimentaires, sans passer par le commerce international. Le risque principal de cette « mondialisation » des terres est de faire reculer l’agriculture paysanne dans des pays pauvres vendeurs qui ne jouissent pas de la sécurité alimentaire.

Lions africains : terme qui désigne un groupe de pays africains considérés comme émergents (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie, Maroc, Egypte, Angola) en référence aux Tigres asiatiques.

Pauvreté monétaire : selon la Banque mondiale, les « pauvres » vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. En Afrique, cette pauvreté a diminué de 1996 à 2008 en valeur relative (de 58 % à 50 %), mais elle a augmenté en valeur absolue (du fait de la croissance démographique).

Sécurité alimentaire : selon la FAO, « existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ».

II/ Un continent de plus en plus intégré dans la mondialisation

Etat développementiste : notion mise en avant par l’ONU pour caractériser un Etat qui pourrait favoriser un développement durable et équitable.

Métropolisation : processus de concentration des hommes et des richesses dans les plus grandes villes.

Printemps arabe : nom donné à l’ensemble des mouvements de protestation et de révolution qui ont eu lieu dans le monde arabe à partir de la fin de l’année 2010 (Tunisie, Egypte, Libye, etc.).

Révolution doublement verte : désigne un changement des techniques agricoles parvenant à une meilleure productivité tout en pesant moins sur l’environnement.

SADC : Southern African Development Community ; en français, Communauté de développement de l’Afrique australe (née en 1980).

Transition démographique : passage d’un régime démographique à natalité et mortalité élevées à un régime à natalité et mortalité faibles.

UA : Union africaine. Elle remplace, en 2002, l’Organisation de l’unité africaine (OUA), née en 1963.

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